Freitag, 31. März 2017

Francia: Un an après : retour sur le mouvement contre la loi Travail

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Cela va faire un peu plus d’un an que le mouvement contre la loi El Khomri avait commencé. Qu’a donc représenté cette mobilisation d’ampleur dans la période actuelle ?

Il faut déjà noter que cette mobilisation est arrivée en fin de mandat pour Hollande, un an avant les élections. Malgré les nombreuses attaques anti-sociales du gouvernement PS, aucune mobilisation de masse de la classe ouvrière n’avait réussi à démarrer avant celle-ci : ANI, pacte de responsabilité, Loi Macron… Nous n’avions jamais dépassé le stade des fameuses « journée d’action », soit des grèves ou manifestations d’un jour d’une incapacité flagrante. Il est important de noter que jusqu’au mouvement contre cette Loi Travail, la seule mobilisation « massive » fût la mobilisation réactionnaire contre le mariage pour tous au début du quinquennat. Cette mobilisation contre la Loi Travail a donc surpris par l’ampleur et la vitesse à laquelle elle s’est développée dans un contexte où tout lui semblait défavorable (Etat d’urgence suite à l’attaque du 13 novembre 2015, élections l’année suivante…).

Ce mouvement a été l’un des plus longs et plus forts mouvements sociaux en France depuis les années 90. Une mobilisation qui a duré près de 7 mois avec 14CFDT journées nationales d’action dont 2 qui ont dépassé le million de manifestants. Niveau répression, il y eut au total en juin 2016 près de 2000 interpellés, plus de 1000 gardes à vue, une centaine de comparutions immédiates et des centaines de blessés dont des mutilés au flashball. Aujourd’hui, plusieurs syndiqués et autres militants se font encore condamnés 7 mois après la fin de la mobilisation. La violence policière a franchi un nouveau stade. Les manifestations ont été très combatives avec des affrontements contre la police systématisés via le phénomène de « cortège de tête » réunissant travailleuses et travailleurs syndiqués ou non, enfants de prolétaires, autonomes, marxistes et anarchistes. Ces affrontements étaient dénoncés au sein du mouvement par les directions syndicales, épaulées par les social-chauvins (France insoumise, P « C »F,…) et les trotskistes. L’opportunisme des directions syndicales s’est vu tout le long du mouvement, mais de l’autre côté parmi les militantes et militants les plus conscients des erreurs fondamentales ont été faites.

Si la première manifestation avait eu lieu le 9 mars 2016, l’intersyndicale avait dans un premier temps programmé la première manifestation pour le 31 mars… soit plus d’un mois après la médiatisation du projet de loi, et n’a pas immédiatement eu comme revendication le retrait pur et simple de la loi ! C’est seulement parce que la base des syndiqués a fait pression que les directions syndicales ont été contraintes de suivre les revendications de la base. Donc dès le début, cet écart entre directions syndicales et base des syndiqués s’est manifesté.

C’est dans cette première période du mouvement du 9 mars au 31 mars que la jeunesse des quartiers populaires a été active à travers les blocus de lycées, les manifestations lycéennes et la participation déterminée aubervilliers2aux manifs des travailleuses et travailleurs. Même face à la répression, elle ne se laissa pas faire comme on l’a vu avec l’attaque de deux commissariats à Paris en réaction au coup porté à la tête du jeune Adam par un flic qui a fait le buzz sur internet. Mais les vacances scolaires du printemps ont très vite freiné cette dynamique. Alors que la jeunesse des quartiers populaires s’était mobilisée, les directions syndicales n’ont pas cherché à inclure les jeunes dans le mouvement. Sans idéaliser la jeunesse, dans un mouvement social il faut optimiser et coordonner toutes les forces en jeu, et si les directions syndicales avaient inclus les jeunes dans le mouvement plutôt que de les regarder avec méfiance en leur mettant parfois leur service d’ordre à dos, cela aurait pu être une force importante pour le mouvement, et cela aurait même pu permettre à la contestation de gagner davantage les lieux d’habitation des travailleurs que sont les quartiers populaires.

Il aura fallu 3 mois de manifestations pour qu’enfin les directions syndicales (CGT, SUD) appellent à la grève illimitée. La stratégie de ne faire que des grèves d’un jour accompagnées de manifestations pacifiques ne permet pas d’établir un rapport de force suffisant, au contraire cela a montré une certaine incapacité à faire plier l’Etat bourgeois. Cela s’est répercuté sur le mouvement en laissant le champ libre au gouvernement qui a pu utiliser 3 fois le 49-3 sans être inquiété. Pendant ce temps le secrétaire général de la CGT changea le mort d’ordre du retrait total pour le « retrait de la colonne vertébrale du projet ». L’appel à la grève pour le dernier mois avant les vacances d’été avait sonné comme la dernière carte à jouer de ces syndicats, de gros secteurs comme les raffineries ou centrales nucléaires se sont mis en grève, mais l’Etat et sa police ont pu très vite mettre fin aux grèves et aux blocages avec très peu de résistance au final : faute d’un élargissement, ces grèves et blocages qui ont pu tenir jusqu’à trois semaines furent insuffisantes.

Une grande manifestation nationale avait été appelée par les syndicats pour le 14 juin. Il y eut plus d’un million de manifestantes et manifestants, la mobilisation fut très dyndockeramique et combative, en réaction l’Etat a répondu par une lourde répression avec des centaines de blessés, 58 interpellés rien qu’à Paris, les canons à eau furent utilisés pour la première fois depuis le début du mouvement à Paris. Le lendemain, Valls suggérait l’interdiction des prochaines manifs appelés par la CGT. Une manif de la CGT interdite, ça n’avait pas été fait depuis la guerre d’Algérie, une interdiction de manif qui avait été bravée et qui a fini par le massacre de Charonne. Ça donnait le ton. Et alors que la prochaine manif fut maintenue mais sur un trajet ridiculement court, pas moins de 95 personnes ont été interpellés avant d’entrer en manif. La simple possession de foulard ou de lunettes pouvait servir de prétexte pour la police. Un dispositif policier extraordinaire fut mis en place avec plus de 2000 flics éparpillés autour du lieu de rendez-vous, ce qui faisait que la plupart des personnes se faisaient contrôler au moins 2 ou 3 fois avant de pouvoir rejoindre la manifestation. Ce fut à peu près la même chose pour les deux dernières manifestations sur Paris.

Cette répression serait la cause du comportement des « casseurs » ? Si les directions syndicales sont toutes réformistes (avec bien entendu des différences, le syndicat jaune CFDT n’étant pas la CGT) et freinent la lutte comme on a pu le voir, les militantes et militants qui se focalisent uniquement sur la violence causent aussi préjudice. Ca n’est pas lors d’une manifestation qu’une insurrection arrivera spontanément. La violence exercée sur les cibles reconnues comme ennemies par les masses est certes un élément essentiel pour propager l’idée qu’il ne faut pas rester dans le cadre légal pour obtenir des victoires, pour habituer les masses à la confrontation. Mais la violence doit toujours se faire en lien avec les masses car ce sont les masses qui font la révolution. L’idée au début d’utiliser la culture populaire pour faire des slogans afin d’attirer des jeunes des quartiers populaires était bonne mais des slogans seuls ne peuvent attirer dans la durée et organiser. A côté de la confrontation, il y a tout un travail politique prolongé à faire au près des masses populaires de sensibilisation aux idées révolutionnaires, d’organisation.

Que l’on se fasse bien comprendre : c’est la ligne de base de tout Parti Communiste authentique que de reconnaître et d’appliquer le principe de la violence révolutionnaire. Depuis notre création et tout au long dloitravaile la lutte contre la loi Travail, nous n’avons cessé de le répéter et de le montrer par notre pratique. Mais la violence seule ne suffit pas. Sans processus de lutte prolongée, sans développement de cadres de lutte durables, sans chercher à tisser des liens toujours plus nombreux et profonds dans les masses, rien ne bougera et les seules évolutions que nous pourrons observer seront quantitatives et non qualitatives : sans stratégie révolutionnaire concrète, le plus gros cortège de tête ne changera jamais rien. Ayant dit cela, il faut tout de même réaffirmer l’aspect positif de la violence qui s’est exprimée lors de cette lutte. Ce mouvement a fait peur à la bourgeoisie car il portait en lui une radicalité pas observée depuis longtemps. Il faut d’ailleurs voir les récents blocages de lycées contre les violences policières comme un héritage extrêmement positif de la lutte contre la loi Travail.

Là où beaucoup de choses se sont passées, et peut être plus encore que dans les cortèges de tête, c’est sur les blocages. Les expériences ont été très diverses. Les plus intéressantes sont celles où l’unité à la base s’est réalisée, c’est à dire où localement, dans leur diversité d’expériences de lutte, d’horizons politiques, les masses se sont unies autour d’un noyau déterminé à donner une expression radicale au mouvement. Les blocages ont été l’expression de la force de la classe ouvrière : tout tourne grâce à notre force de travail et nous pouvons le démontrer. C’est principalement dans les régions que les blocages ont été importants, relativement peu en région parisienne. Nous avons vu sur les blocages les positions évoluer, les illusions tomber et la solidarité se développer, principalement face à la répression. Plusieurs centaines de grévistes entamer l’Internationale devant un tribunal qui juge un Camarade emprisonné, c’est peut être symbolique pour certains mais ça veut dire beaucoup pour celles et ceux présents (surtout pour le Camarade en tôle!). L’unité à la base s’est donc réalisée dans ce mouvement, toujours trop partiellement, mais cela a été une leçon de lutte pour toutes celles et ceux qui s’y sont impliqué et qui ont pu la vivre.

Cette lutte a eu la particularité d’être une « demi-défaite » dans le sens où d’un côté la loi n’a pas été retirée mais où ce n’est pas l’abattement qui ressort de lablocagedrapeau lutte (comme ça avait pu être le cas après la lutte pour les retraites en 2010…) mais plutôt une énergie renouvelée, de nouveaux liens créés et une solidarité plus importante pour l’aile révolutionnaire du mouvement qui a permis par exemple sur les réseaux sociaux d’appeler à des blocus de lycées pour Théo ou encore que l’idée du boycott des élections présidentielles se propagent, une idée partagée par une importante partie des travailleurs qui ont dénoncé la tentative de récupération de politiciens pendant le mouvement et qui se concrétise aujourd’hui par exemple par l’appel d’un « 1er tour social » appelé par de nombreux syndicalistes pour prendre la rue face aux élections. L’idée de résistance et de possibilité d’affrontement direct avec l’État se sont développées, malgré la sévère répression. Il faut également noter que ce mouvement a permis de rompre avec le climat de montée du fascisme en faisant contre-poids avec l’acharnement habituel des médias concernant les musulmans, l’immigration, les banlieues, etc.

La contradiction entre le prolétariat et la bourgeoisie dans l’Etat français s’aiguise de plus en plus. Le mouvement contre la loi Travail s’est déroulé dans un cadre particulier qui a été celui d’un gouvernement « socialiste » qui a mis en place un état d’urgence officieusement permanent. Un cadre où la montée du fascisme a été telle que pour les élections présidentielles de 2017 l’arrivée au pouvoir de Marine Le Pen apparaît comme une possibilité, où l’appareil policier s’est sans cesse renforcé et continue à se renforcer en transformant par exemple la légitime défense de la police en un permis de tuer, où trois révoltes ont eu lieu en moins d’un an en réaction à l’assassinat de M.Shaoyo Liu, d’Adama et au viol de Théo par la police, où des mesures qui s’inscrivent clairement dans la montée du fascisme ont été prises comme la création d’un fichier national regroupant les données de tous les citoyens ou un décret du gouvernement qui provoque l’indignation de la plus haute juridiction française elle-même concernant son indépendance, où la sanglante guerre de pillage de l’Etat français continue en Syrie et où la répression des migrants se renforce. En tant que communistes et révolutionnaires, nous devons plus que jamais prendre nos responsabilités en travaillant à se lier étroitement aux masses, à créer des organisations de combat pour les masses et la classe ouvrière afin d’établir un front antifasciste solide, de rendre la résistance des travailleuses et travailleurs plus efficace, de permettre de nouveaux acquis sociaux et de préparer le terrain au renversement de l’Etat bourgeois et à la mise en place du pouvoir prolétarien.

 

Vive la lutte des travailleuses et travailleurs !

Partons du positif et dépassons le négatif pour la victoire !

Tout le pouvoir à la classe ouvrière !

 

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